lundi 4 novembre 2013

Monologue #1

Je t'aimerais toujours...


“- Bonjour mon amour. Il y a longtemps que je suis venue te voir, je suis désolée. Mais tu sais, depuis ton accident, j’ai dû tout gérer à la maison par moi-même. C’est dur de prendre soin des petites toute seule. Une chance que ta mère vient m’aider. J’ai toujours aimé ta mère, tu le sais. C’est une femme très forte. Je ne sais pas comment elle fait pour vivre la mort de son propre fils. Tu sais ce qu’on dit, on n’est jamais supposé voir ses enfants mourir.

Ah, tiens. Je t’ai apporté des fleurs.

Elle s’agenouille devant la tombe.

C’est les mêmes que celles que tu m’avais donné à notre premier rendez-vous.

J’ai beaucoup de difficulté à rester forte en compagnies des filles. Elles sont si jeunes, elles ne comprennent pas encore que tu ne vas jamais revenir… Elles t’attendent à tous les soirs, elles attendent que tu reviennes du travail.

Et tu leurs manques beaucoup, j’en suis sûre. Tout comme à moi. Tu me manques tellement…

J’aime penser que tu es toujours avec moi, que ton esprit est toujours là. Je me dis que tu me regardes faire à manger, que tu me regardes prendre soin des filles.

Je n’avais jamais aimé un homme autant que toi. Tu étais mon âme sœur, mais tu m’as quitté bien trop tôt.

Il y a tellement de choses que nous n’avons pas eu le temps de faire, que ce soit en couple ou en famille. Tu ne pourras jamais apprendre à Camille à faire du vélo, tu ne verras jamais Julie perdre sa première dent… Tu ne pourras jamais leur faire la morale quand elles auront leur premier chum, tu ne les verras jamais obtenir leur diplôme…

Elle se met à pleurer.

Je sais que si tu étais ici avec moi, tu me dirais que je ne dois pas pleurer, que je dois rester forte, mais comprends moi, c’est le seul endroit où je peux pleurer sans que personne n’en soit affecté. J’essaie de ne pas pleurer devant les filles, mais c’est si difficile ! Alors, s’il-te-plaît, laisse-moi au moins pleurer sur ta tombe.

Depuis que tu es parti, je me suis complétement fermée au monde extérieur. Je ne vois plus mes amis, je ne vois plus ma famille. Je ne parle même plus à ta sœur, qui est ma meilleure amie de toujours. La seule personne avec qui je parle encore est ta mère, et ce n’est pas comme si j’avais eu le choix.

Elle est arrivée un soir à la maison, sans m’avertir, car elle avait pressentie que je ne serais pas capable de tout faire toute seule. D’ailleurs, je ne suis pas fâchée contre elle pour ça, je lui en suis même redevable.

Elle m’a conseillé d’aller voir un psychologue, elle dit que je suis en train de sombrer dans une dépression. Je la crois…

C’est pour ça que j’ai commencé à aller en thérapie, une fois par semaine. Tu sais que je n’ai jamais cru au bénéfice de la thérapie, mais je dois avouer que ça m’aide beaucoup. Tu sais aussi que je me sens responsable de ta mort…

Je sais que ce n’est pas de ma faute, mais je n’arrête pas de me dire que si j’avais été à la maison au moment de ta crise cardiaque, tu serais peut-être encore en vie. J’aurais pu appeler les secours et on t’aurait amené à l’hôpital de toute urgence.

Mais ce n’est pas ce qui est arrivé, je suis arrivée trop tard. Tu n’étais pas encore parti, mais il était quand même trop tard. La psychologue m’aide à ne plus me sentir coupable et à faire mon deuil, mais j’ai peur de t’oublier.

Je ne veux pas rencontrer personne d’autre, car j’ai peur de tomber amoureuse et de t’oublier. Je ne veux pas te remplacer, tu étais l’homme de ma vie.

Mais si je rencontrais quelqu’un d’autre dont je tomberais amoureuse et que j’aimerais encore plus que toi ? J’ai peur de réaliser qu’il y avait quelqu’un d’autre de meilleur pour moi, que tu n’étais finalement peut-être pas l’homme de ma vie.

Non, je ne veux même pas y penser.

Je t’aimerai toujours, je t’aimerai toujours mon amour.

La mort nous a séparés, mais je te rejoindrai un jour ou l’autre. Je dois y aller maintenant. Nos filles m’attendent -nous attendent- à la maison.

Je t’en supplie, viens avec moi à la maison. Je veux sentir ton esprit m’observer, je veux sentir ta présence.

Viens mon amour, je t’en prie… »

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